[ PAGES NOUVELLES ou ACTUALISÉES]


Administration
Se connecter
Se déconnecter

Techniques, langages, culture de masse

Évolutions techniques et économiques des médias et des mass médias

Dans cette fiche, nous reprendrons la classification que propose F.Balle1 :

« un média est un équipement technique permettant aux hommes de communiquer l’expression de leur pensée, quelles  que soient la forme et la finalité de cette expression ».

Équipement de réception et restitution du message. Longtemps chaque média développait  des équipements spécifiques (magnétoscope) intégrant eux-mêmes  des  standards de lectures spécifiques (Pal, Secam, NTSC). Si aujourd’hui, avec l’abandon de l’analogique pour le numérique, les équipements deviennent multimédias, la bataille pour des standards continue (en TV numérique MPEG2 contre MPEG 4 HD, récemment le DVD Blue ray de Sony et le HDDVD de Toshiba).

  • Toutes ces évolutions rendent le plus souvent obsolète l’équipement et/ou le standard qui l’a précédé (Fin du Magnétoscope VHS au profit du DVD),  rendant indispensable le renouvellement du parc, opération très rentable pour les groupes industriels qui auront misé sur le bon standard.

  • Il importe ici d’avoir à l’esprit que l’obsolescence s’applique bien aux équipements mais pas aux pratiques . Les nouveaux médias  ne remplacent pas les anciens. Le progrès est cumulatif. Ainsi on continue à lire, la TV n’a pas tué le cinéma, etc.

Expression :

  • forme :textes, sons, graphiques, images fixes, animées , data (données) pour des

  • finalités : information, loisirs, formation, création artistiques, activités culturelles.

Les médias peuvent être répartis selon 3 catégories :

  • Les médias autonomes : tous les supports sur lesquels sont inscrits les messages et qui ne requièrent de raccordement à aucun réseau particulier (livre, journaux, disques audio, vidéo, informatique. Certains nécessitent pour la lecture un équipement (magnétoscope, magnétophone, lecteur CD…

  • Les médias de diffusion : l’ensemble des émetteurs radio TV qu’ils soient hertziens, par câble (coaxiaux /fibre optique), satellites. Ces moyens ont en commun de toujours fonctionner à sens unique de l’émetteur vers le récepteur.

  • Les médias de communication : regroupe tous les moyens de communication permettant d’instaurer, à distance et à double sens, soit une relation de dialogue entre deux personnes, ou entre deux groupes, ou entre une personne ou un groupe et une machine comprenant une batterie de services ou de programmes. (téléphone, et depuis 1980 le télétex, vidéotex, l’ensemble de la télématique et l’ensemble des services en lignes souvent multimédias que propose  l’Internet).

Il est à noter que plusieurs de ces différents médias ont évolué comme mass médias, terme qui englobe la grande presse, le cinéma, la radio, la télévision, l’internet.

La culture de masse est  issue des mass médias.

1. Les conditions du développement des mass médias

L’histoire des médias est liée à l’évolution de l’économie industrielle et à la forte aspiration des peuples pour la liberté qui a parcouru les XVIII, XIX et XXèmes siècles en Europe occidentale et en Amérique du Nord.

A cette histoire de conquête de la liberté sont associés :

  • au XIXème les grands quotidiens, la photographie, le téléphone,

  • dans la première moitié du XXème siècle l’essor du cinéma, de la radio, de la presse magazine,

  • dans l’après  2ème guerre l’avènement de la TV et des News magazines.

  • au XXIème siècle  le multimédia (appareils et réseaux) issu de l’avènement du numérique et de l’internet.

Si tout ce mouvement a été possible, c’est d’abord grâce à l’évolution des recherches technologiques dans des domaines aussi variés que la mécanique (rotative), la chimie (photographie, cinéma), l’électricité, les transistors, les semi-conducteurs, l’électronique…

Pour autant, si toute l’histoire des médias s’appuie sur celles des techniques, il serait erroné de réduire leur développement à l’unique dimension technicienne issue de  recherches parfois empiriques, parfois scientifiques.

En effet, le chercheur (technicien et/ou scientifique) ne vit pas hors de son temps. Il en est aussi un acteur imprégné des diverses réflexions qui fondent le débat du temps.

L’histoire des techniques nous montre les interactions très fortes qui s’opèrent entre la dynamique de recherche et les débats en cours à un moment donné dans la société. Il n’y a pas d’autonomie réelle de l’invention par rapport à l’économie et aux faits sociaux, et l’inverse est aussi vrai. Une innovation technique est toujours le fruit d’une dynamique complexe dont les fondements peuvent être liés à l’effervescence des idées de l’époque, des pratiques sociales, de stratégies politiques, économiques, de la nécessité de  trouver une réponse urgente à un problème « c’est le besoin qui fait l’outil » (André Leroi-Gourhan) .

Par ailleurs, bon nombre des techniques qui ont évolué en médias ne portaient pas en elles, lors de leur création, l’objectif d’usage et encore moins la dimension de média qu’elles allaient connaître. (TSF, Cinéma…). Leur développement en tant que médias et médias de masse a été le fait de divers facteurs parfois anecdotiques2, mais pour la plupart liés aux évolutions profondes des idées et des pratiques sociales et économiques.

Enfin, quelque soit l’époque, le passage d’innovations techniques à médias et/ou à média de masses a toujours été lié aux conditions suivantes, pour partie ou en totalité :

  • Présence d’une importante mutation et/ou crise de la pensée, débats d’idées (Gutenberg et la réforme et en réaction la contre réforme, le livre et les philosophes des Lumières). Sans minimiser le fait que les médias ont été associés à tous les totalitarismes du XXème,  la revendication démocratique est une condition favorisante du développement des médias.

  • Émergence de nouveaux groupes sociaux auxquels vont être associées de nouvelles pratiques sociales, culturelles (la classe ouvrière au XIX).

  • Augmentation du niveau d’instruction de la population. (Effets conjugués de l’accès à l’école et de l’apport des diverses structures d’éducation populaire notamment à partir de 1945).

  • Cadre juridique favorable (En France, dès les XVII/XVIIIèmes siècles et  plus encore au XIXème siècle, les divers pouvoirs auront des relations difficiles avec les médias (La liberté de la presse date de 1881). Le désir fort de les contrôler sera prégnant jusqu’aux années 1980. L’année 1981 marque la fin du monopole d’état sur la radio télévision. La nouvelle force de contrôle va venir des milieux financiers.

  • Augmentation du niveau de vie de la population (pouvoir d’achat).

  • Accroissement du temps libre (même si dans « la société du temps libre », il apparaît que certains  groupes sociaux ont peu de temps libre et que d’autres ne peuvent guère profiter du leur !3)

  • Les contraintes du marché liées à l’émergence au XIXème siècle de deux modèles économiques (économie planifiée contrôlée par l’ état et économie de marché).

  • Les modes d’appropriation: dans un premier temps, les usagers s’approprient à leur manière, selon leurs besoins,  les technologies mises à leur disposition. Puis des modèles dominants d’usage s’imposent4.

Enfin les inventeurs du XIXème et du début du XXème siècles ont rarement été ceux qui ont géré l’essor industriel de leurs inventions.


2. Des défis techniques sans cesse renouvelés

L’évolution des techniques dans le domaine des médias et des mass-médias a été centrée autour de défis techniques qui se sont posés dans les sociétés européennes à partir du XVème siècle, puis américaines à partir du XIXème siècle.

« On peut dire que c’est tous les 25 ans, à peu près, qu’une technologie nouvelle est venue s’ajouter aux anciennes, ouvrant ainsi des perspectives nouvelles inopinées et prometteuses à celle-ci.5 »

balle

Les évolutions technologiques se situent sur trois domaines constitutifs des médias, à savoir la mise au point de techniques / procédés / appareils capables :

  • de produire – conserver l’écrit, l’image, le son.

  • de reproduire en plusieurs exemplaires identiques des documents/produits contenant de  l’écrit du son de l’image,

  • de diffuser / transmettre / recevoir du son, de l’écrit, de l’image à proximité ou à distance vers ou venant d’un individu ou d’un groupe d’individus.

Longtemps, chaque média a été traité de manière spécifique et séparée des autres : l ‘écrit (le livre – la presse) – l’image (photo – cinéma – TV)- le son ( la radio,  le téléphone,  le disque).

Chaque domaine a produit ses outils de captation/enregistrement, de reproduction, de diffusion et de réception avec le plus souvent un standard technique spécifique. (Appareil photo , caméra, émetteur, câble téléphonique, magnétoscope, poste de radio de TV etc.).

Au cours du XIXème siècle, et sur une majeure partie du XXème siècle, chaque média s’est plutôt développé en parallèle aux autres, connaissant une amélioration croissante de sa technologie… Ceci est rendu possible par l’évolution technique constante dans le domaine des semi-conducteurs et transistors (1947), des circuits intégrés (1959), de l’électronique, des microprocesseurs (1971), de la miniaturisation de plus en plus poussée des composants, permettant ainsi aux fabricants de proposer des outils autonomes spécifiques à un média.  Puis, à partir de 1975, l’abandon progressif de l’analogique au profit du numérique va transformer totalement les médias existants.

La spécificité technique de chacun d’entre eux est remise en cause par les perspectives qu’offre le numérique ; en 1980 naît la télématique. Le début du XXI ème est marqué par l’essor des nano technologies6 et de leurs implications dans le numérique.

De nombreuses imbrications ont lieu notamment entre l’informatique, les médias presse/ audiovisuel (contenus), l’électronique grand public (Téléviseurs, lecteurs CD/DVD …) et les télécommunications au début du XXIème siècle :

  • multimédia direct ( grâce au numérique langage unique permettant de coder du son de l’image de l’écrit)

  • réseaux en interconnexion des réseaux câblés (coaxiaux, fibre optique), hertziens, satellitaires.  Sur ces réseaux circule le multimédia en ligne (son – images – écrits) dans  tous les domaines : information, divertissement, culture/création, communications personnelles.

  • terminaux uniques capables de recevoir et produire (du son, de l’image, de l’écrit) : poste TV multimédias/ ordinateurs multimédias / téléphone portable.

L’autre dimension déterminante au plan technique est l’apparition des outils d’émission et/ou de diffusion nomade. Ce nomadisme est rendu possible, dans les années 60, avec l’arrivée du poste radio autonome. Symbole de « liberté » pour toute une jeunesse, le transistor amorçait ce nomadisme qu’est venue  confirmer l’arrivée du radio/cassette audio 1963, puis du  disc compact en 1984, des baladeurs Walkman cassette puis CD, Mini CD,  MP3, puis DVD…

Enfin au début du XXIème les améliorations techniques liées à la numérisation des informations et des réseaux (amélioration continue des capacités de débit sur l’Internet (ADSL) des transmissions système Wi Fi, lancement en 2004 pour les  mobiles de la technologie UMTS7,  des standards de compression d’images et de vidéos (JPEG, MPEG)  permettent à chacun de recevoir en tous lieux des communications, des images (fixes /animées) de la musique, des informations sur des terminaux de plus en plus multimédia (Tatoo , mobile, portable,  portable).

De plus l’interconnexion des réseaux, les divers équipements émetteurs/récepteurs multimédias associés au  langage numérique vont contribuer à l’émergence d’un nouveau rapport aux mass médias, celui de l’interactivité. L’arrivée de la « télécommande T.V  » dans les années 80 permettait au téléspectateur un choix en fait assez limité : regarder, changer de chaîne, éteindre ! Désormais chacun peut non seulement recevoir tous types de messages mais il peut également en créer, en envoyer, il peut dialoguer, intervenir en direct dans une émission,  solliciter l’obtention d’un programme personnel (pay Per view, VOD Vidéo On Demand), réécouter un programme à la carte (podcast), faire ses courses, et autres services de réservation etc. A ce titre, il est à noter que de nombreux médias de masse vont utiliser cette interactivité, l’élevant même au statut d’émission (le phénomène des libres antennes sur certaines radios périphériques jeunes).

Le nomadisme, l’interactivité, la personnalisation des choix au sein de l’offre continue des médias  sont autant de nouveaux comportements induits par l’évolution technique des médias et/ou par les contenus qu’ils proposent.

twitterIls contribuent à redéfinir non plus pour la masse mais pour chaque individu au sein de cette masse un espace /un territoire, un rapport au temps, qui lui sont personnels et qu’il peut décider ou non de mettre en commun avec les autres… L’évolution des techniques permet d’individualiser dans le temps et l’espace notre  rapport aux médias. Mais également de développer toute une vie relationnelle qui vient en parallèle/parfois en complément/parfois en concurrence celle « in situ ».

Ainsi le développement des communautés d’échanges sur le net ainsi Face book, Twitter etc… De plus l’exemple de Twitter vient interroger un peu plus notre rapport à l’information puisqu’il donne un écho planétaire au citoyen lambda qui, doté d’un téléphone portable 3G se sent un peu « journaliste ».


3. Évolutions économiques

« …par ailleurs le cinéma est une industrie »

(Malraux parlant du cinéma).

“Le cinéma c’est une industrie, mais malheureusement, c’est aussi un art.” (Jean Anouilh)


3.1 Les médias : un secteur spécifique

L’essor des médias et notamment des mass-médias est intimement lié au développement de  la société industrielle qui a vu le jour en Europe Occidentale et en Amérique du Nord, aux XIXème et XXème siècles, à l’émergence des industries culturelles et à la culture de masse qui en découle.

Dès le XIXème siècle, les responsables des médias vont adopter les modes d’organisations que préconisent les lois de l’économie moderne prônées par D.Ricardo et A.Smith : une économie de marché basée sur l’offre et la demande, et se développant dans une concurrence de plus en plus violente.

Une nouvelle industrie va alors voir le jour ; ses champs d’action : celle de la communication, de l’information, de la culture, des loisirs, de la création, de l’imaginaire…

Dès le début, ce marché s’organise autours du modèle classique de l’économie de marché (production, diffusion, consommation).  Le système de production industriel investit les contenus de l’esprit, qu’ils traitent de l’information, de la communication, du divertissement…

L’information et tous les contenus sont des produits, au même titre que n’importe quel produit manufacturé. Ainsi, que ce soit pour la grande presse ou pour le cinéma, une division technique des opérations de production (taylorisme) et de diffusion est opérée. L’histoire de l’industrialisation du cinéma par Hollywood dès le début du XXème siècle en atteste. De l’entreprise taylorienne, nous sommes passés, fin du XXème siècle, à l’entreprise réseau.

L’offre dans le domaine des médias s’opère autours :

– des industries des équipements (hardware): réseaux et/ou équipements (diffusion/ réception /distribution)

– des contenus (software) programmes/rédactionnel/films etc.

Dans ce sens, l’économie des médias est fondée sur le rapport de causalité réciproque de deux types de relations : la relation programmes-équipements et la relation audiences-programmes (pas de téléviseurs sans programmes mais pas plus de programmes sans téléviseurs).

Cette offre dans le domaine des médias peut prendre diverses formes : un bien périssable (l’information ), un bien d’équipement (lecteur DVD) , un service éphémère (forfait téléphonique, droit à regarder un film ), un bien semi-périssable (un CD/un livre) …

L’offre des médias ne répondant ni au besoin de subsistance, ni au besoin de confort mais au besoin de dépassement (échelle de Maslow), il en résulte une demande très imprévisible et une grande diversité. Aussi faudra-t-il sans cesse renouveler celle-ci, apporter du nouveau. Pour autant, dans le but de toucher le plus grand nombre, il importe que le coût du produit soit le plus abordable possible par la masse. Pour cela une standardisation est pratiquée.

Ainsi « l’invention et la standardisation est la contradiction dynamique de la culture de masse. C’est son mécanisme d’adaptation aux publics et d’adaptation des publics à elle » E.Morin8

Enfin la relation entre l’offre et la demande est souvent indirecte. Ainsi les médias radios par exemple n’ont pas de revenus directs de leurs auditeurs, et compensent cet écueil par le recours à la publicité et/ou aux aides publiques pour les chaînes sous tutelle d’état.

Ce besoin de connaître la demande afin de toujours pouvoir s’y adapter et/ou de l’anticiper dans l’espoir de la susciter va amener les médias, notamment audiovisuels, à recourir de manière massive aux mesures d’audience (audimat) initiés très tôt aux États-Unis .

Ainsi totalement inscrits dans une économie de la consommation les médias ont recours aux diverses méthodes de marketing à leur disposition pour s’adresser de plus en plus à la masse mais plus encore à l’individu et/ou à des groupes distincts de cette masse.

La segmentation du public en autant de cibles/ « niches » (la presse magazine), avec lesquelles les industries des médias doivent rester en contact fréquent (street marketing, phoning, gestion informatisée de fichiers clients, mass customisation9, series limités, collector etc…). Elles n’hésitent pas à instrumentaliser une partie de ses cibles pour en faire les prescripteurs de ses modèles et de ses offres marchandes.

« Nous ne pouvons nous développer qu’en société de surconsommation. Ce surplus est le nécessaire du système.[…] Ce système fragile perdure seulement par le culte de l’envie » Jacques Séguéla10

Les revenus des médias se répartissent en diverses sources qui sont le plus souvent cumulées.

  • Parts des ménages : (abonnements, redevance médias publics, tickets d’entrées, achat de produits, d ‘équipements…)

  • Financements privés : publicité (annonceurs- partenariats )

  • Financements publiques.

3.2 L’ère des conglomérats : concentration verticale et/ou horizontale.

Aux situations pionnières et plus ou moins fructueuses tentées par de riches industriels de presse, de cinéma, de radio, évoquées par O.Welles dans Citizen Kane,  va succéder dans la 2ème moitié du XXème siècle une économie des médias basée sur le modèle oligopolistique.

L’économie de plus en plus concurrentielle des médias évolue dans un marché de plus en plus mondialisé, où la dérégulation (public vers le privé) progresse. Une telle situation impose aux entreprises de médias  des choix industriels très lourds financièrement. Ces choix ne peuvent se faire qu’au sein de grands groupes/conglomérats issus de concentrations horizontales et/ou verticales.

Ainsi ces entreprises se doivent d’anticiper sur des standards de demain, sur les équipements compatibles, sur les catalogues de produits, qui devront être prêts au moment du lancement. Pour autant, la prise de risque est grande et l’histoire des médias est jalonnée de réussites mais aussi d’échecs.

Lancer un nouveau standard et son équipement de réception/lecture sans pouvoir offrir en même temps un catalogue suffisant de produits compatibles et ou une couverture suffisante (câble /hertzien /satellites) augure probablement d’un échec (ainsi au début des années 1980 l’échec du V2000 de Philips, le succès du VHS de JVC contre le Bétamax de Sony ; dans le domaine du satellite, l’abandon du D2Mac pour le HD, ou la victoire du DVD blue-ray de Sony sur le HD DVD).

Hyper qualitative techniquement, l’offre pour s’imposer doit être conviviale, facile d’accès, fiable, relativement évolutive techniquement, compatible avec des produits récents sous un format précédent, d’un prix d’accès adapté au pouvoir d’achat…

Si, en la matière, la prévision n’est pas aisée, il semble bien que la réussite d’un média repose sur le fait que l’opérateur qui l’initie ait la maîtrise d’au moins 2 des 3 composantes qui fondent tout média : les programmes, la transmission, la réception.

Ces groupes aux mains de financeurs entendent, selon leurs choix de fusions, évoluer dans une concurrence qui est de plus en plus mondialisée et où les choix stratégiques demandent d’importants  investissements : d’où le rapprochement depuis 1980 entre les producteurs de contenus culturels, les gestionnaires de réseaux (informatique, télécommunication, audiovisuel) et les fabricants de matériels (micro ordinateurs téléviseurs…).

Parallèlement l’ouverture des marchés financiers au plan mondial provoque une prise de contrôle de plus en plus grande des groupes multimédias par les fonds d’investissement dont les attentes s’expriment en termes de rentabilité.

Dans certains cas on assiste à des concentrations horizontales avec la volonté de contrôler  un maximum de produits similaires ou voisins. (fusion de AOL et de Time Warner édition câble cinéma).

Dans d’autres on assiste à des concentrations verticales avec la volonté de contrôler tout le processus d’amont en aval, ainsi l’exemple de Sony, complétant son activité d’équipement par l’achat de CBS records (devenu Sony Music), de Columbia en 1989 puis la MGM11 en 2004 (soit plus de 8000 films au catalogue) ; enfin, les récents rapprochements dans les secteurs de la musique avec le groupe allemand Bertelsmann et avec le coréen Samsung (semi conducteur) ont permis de renforcer le groupe, dont la stratégie est d’imposer le format Blu ray comme format dominant pour la nouvelle génération de DVD.

Mais l’économie des médias n’a pas évolué seulement dans des concentrations regroupant des secteurs autrefois séparés : les médias classiques – les activités liées à la culture de masse – celle de la communication (marketing) et de l’information.

Elle est également gérée par des conglomérats constitués autour d’activités a priori très éloignées des médias :

« à travers le monde, des conglomérats géants font main basse sur les médias(..). En France, le groupe Lagardère12 et le groupe Dassault13 ont en commun l’inquiétante particularité de s’être constitués autour de firmes centrales dont l’activité est militaire. La vieille crainte s’est donc réalisée : certains des plus grands médias sont désormais aux mains de marchands de canon…14 »

Ainsi, l’économie des médias, en deux siècles, a  évolué du marché local (1800) au marché de masse à partir des années 1950, puis vers un marché segmenté (années 80), ensuite à un marché en niches (années 90), et enfin vers un marché de masse personnalisé (début du XXIème siècle )

Conclusion

Les innovations techniques développées dans l’économie de marché ont donné naissance à des médias qui sont à la fois produit d’une évolution (révolution) et ont eux-mêmes produit une évolution déterminante de notre société, diffusant, voire imposant des modèles, des références, modifiant notre rapport au réel, au temps, à l’espace, contribuant à l’émergence d’un « imaginaire commun » (L’esprit du temps, 1962 E.Morin).

Dans cette prise en charge des choses de l’esprit et de l’imaginaire, il existe historiquement une relation difficile entre production/standardisation et création/innovation. De cette relation peuvent naître des œuvres où la production domine fortement la création (produit standardisé), ou, à l’inverse, des œuvres où la création domine la production (œuvre d’auteur).

Pour autant, la frontière n’est pas aussi aisée à définir tant les produits issus des médias de masse peuvent être teintés des deux composantes (l’industrie du cinéma hollywoodien a aussi produit des chefs d’œuvre).

Enfin, l’interdépendance croissante entre les technologies de l’information et l’économie mondiale doit être aussi abordée au niveau des risques. « Au même titre que la complexité et l’interconnexion croissantes des systèmes, les monopoles industriels comptent parmi les motifs d’inquiétudes. Jamais, en effet, le fonctionnement de l’économie mondiale n’aura été inféodé à un si petit nombre d’outils. Du primaire au tertiaire, tous les secteurs d’activité dépendent de plus en plus, directement ou non, de quelques morceaux de code informatique ou de quelques équipements-clés qui forment la charpente des réseaux devenus, en quelques années, indispensables à la marche de l’économie mondiale.[…] En cette matière, une grave défaillance pourrait avoir des airs de catastrophe. La société de l’information aura ses grands accidents informatiques.15 »


1 Francis Balle, Médias et société, édition  Montchrestien 1997.

2 En 1896 la TSF (télégraphie sans fil) de Marconi ne deviendra pas le téléphone sans fil. Pour cela, il faudra attendre la fin du XXème siècle et le lancement des mobiles. En revanche la TSF préfigure sans le savoir la radio. Déjà en 1881 Clément Ader propose d’utiliser le téléphone de Graham Bell pour écouter l’opéra et le théâtre chez soi, le Théâtrophone.

3 Voir à ce titre la contribution de Francis Godard « Les temps du quotidien», publié dans Les publics de la culture Olivier Donnat, Paul Tolila, volume II sur CD Presse de sciences politiques 2003.

4 La télévision dans l’immédiate après guerre était prévue et conçue  comme un moyen d’information et d’éducation or celle-ci s’est imposée comme un moyen de divertissement.

5 F.Balle, op. cit.

6Toute vision un peu prospective de l’avenir de l’internet et du numérique doit prendre en compte les croisements annoncés de ces techniques avec les nanotechnologies, les technologies du vivant et les sciences de la cognition – ce que les Américains rassemblent sous l’appellation (sujette à débat) “convergence NBIC” (Nano Bio Info Cognito) . Université Paris Descartes 2007

7 UMTS : technologie qui permet le lancement de mobiles capables de télécommunications en visiophone, de recevoir des dizaines de chaînes TV etc.

8 E.Morin l’esprit du temps 1962 cité par E.Macé dans son article « Éléments d’une sociologie contemporaine de la culture de masse » revue hermès N°31 2002 .

9 Mass customization : pratique pour une entreprise qui consiste à proposer un produit de consommation relativement courante créé sur mesure en fonction des caractéristiques et préférences de chaque acheteur. Le sur-mesure de masse nécessite un outil de production performant connecté à une processus de prise de commande permettant de spécifier les caractéristiques et mesures souhaités. Le sur-mesure de masse doit, pour réussir, pouvoir se faire à un coût qui n’est pas trop éloigné de celui du produit standardisé. Les jeans sur mesure ou les chaussures et produits de beauté personnalisés vendus sur Internet sont des exemples de sur mesure de masse.

10 Citation publiée dans Casseurs de pub : la revue de l’environnement mental, Novembre 2003.

11 MGM : Métro Goldwin Mayer, major américaine du cinéma hollywoodien.

12 Le groupe Lagardère  médias :  Hachette livre, Canal J, Calmann-Lévy, , Elle, Europe 1, Europe 2, Fayard, Grasset, Hatier, MCM, Paris Match, Relay, RFM, Télé 7 Jours, Virgin…

13 Le groupe Dassault communication : éditeur de Valeurs Actuelles, Le Journal des Finances, Le Spectacle du Monde et Jours de Chasse Éditeur de hors séries thématiques sur l’économie et la culture.

14 Ignacio Ramonet, Médias concentrés, Le Monde Diplomatique, Décembre 2002.

15 Stéphane Foucart, Les pannes de la société de l’information, Le Monde 5-6 décembre 2004.