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Face aux images

Quelle posture pédagogique en ESC ?

Nous supposons en préalable :

  • que la notion d’image concerne des domaines très différents (photo, cinéma, vidéo, etc.), mais qu’elle a quelque chose de commun dans cette transversalité ;
  • que l’image est tout à la fois un fait de langage, d’esthétique et de culture ;
  • que l’image peut être apprise et analysée et pas seulement reçue ou perçue ;
  • qu’il existe pour cela de multiples savoirs constitués, selon les disciplines concernées (sémiologie, esthétique, histoire, sociologie, économie…);
  • que les pratiques pédagogiques en ces domaines sont multiples et variées ;
  • que l’éducation à l’image peut être évaluée;
  • qu’en pédagogie, l’usage de l’image n’est pas un cours sur l’image.

L’ESC, par ses missions se doit de répondre à ces exigences.Ce qui suppose de construire une posture étayée sur 5 compétences :

  1. Repérer les différentes pratiques et finalités pédagogiques,
  2. Savoir différencier les champs de l’image,
  3. Repérer les statuts de l’image selon les enjeux contemporains,
  4. Analyser l’image selon les procédés d’écriture,
  5. Analyser les conditions nouvelles de production d’images.

Au-delà du truisme que l’image est omniprésente et omnipotente dans notre société, il n’en reste pas moins que l’éducation à l’image impose des choix pédagogiques et didactiques. Ces choix ne sont pas neutres, Ils engagent toujours des enjeux, des valeurs, des effets plus ou moins voulus.

Dans quelle posture place-t-on l’élève-spectateur ?

Ce peut être :

  • un spectateur en danger : l’éducation vise alors à le prémunir de la manipulation des images par les médias.
  • un spectateur consommateur : l’éducation à pour objet de l’aider à justifier ses préférences et ses choix.
  • un citoyen actif : l’éducation sert à faire prendre conscience des idéologies véhiculées par les médias et du poids des industries culturelles
  • un acteur culturel : l’éducation sert à s’approprier les formes langagières et esthétiques mises en œuvres dans les constructions audiovisuelles
  • un être psychologique : l’éducation permet de mettre à jour les systèmes d’interactions symboliques.

Une problématique articulée sur 4 points

  • La question de la pratique des outils de réalisation (photo, vidéo…) :
    • indispensable pour bien comprendre les mécanismes en jeu
    • mais qui risque de se perdre dans les objets techniques et d’oublier l’objectif de la démarche éducative.
  • De l’image dans sa généralité aux techniques particulières (photo, cinéma, vidéo, internet..)
    • mais attention au réductionnisme (un aspect de l’analyse qui est mis à jour ici n’est pas forcément généralisable à d’autres objets).
    • et attention aux fausses passerelles méthodologiques – ce qui est conceptualisé là n’est pas forcément pertinent ici.
  • La question artistique et les tensions qu’elle peut engendrer :
    • entre la démarche éducative fondé sur le parcours,
    • et la création fondée sur une certaine exigence de l’œuvre.
  • La posture différente de l’élève en position d’analyste-critique ou d’auteur-créateur :
    • l’analyse est une déconstruction, qui vise à tester la résistance de l’œuvre,
    • la création est, elle, une possibilité d’expression artistique individuelle ou collective.

Quelques repères pédagogiques

  • Casser la croyance en une vérité apportée par l’image.
  • Faire comprendre que l’image est toujours une représentation. Ce n’est pas du réel qui est présenté mais du réel représenté. Cela veut dire que, derrière chaque image, il y a quelqu’un qui a décidé d’un regard : un point de vue, un choix de cadre, etc.
  • La construction des objets d’analyse (grille par exemple) est en soi une démarche pédagogique pertinente si les élèves les co-construisent.
  • Mettre à jour les représentations des élèves tant sur les mots que sur les concepts.
  • Mettre à jour les mécanismes de production et de réception des images : langages et formes esthétiques, procédés, contextes, circuits…

C’est seulement après que l’on peut envisager un propos critique, sociologique, philosophique, politique…

Parler d’image d’une façon trop générale peut conduire à caricaturer le propos et aller ainsi à l’encontre d’une réelle démarche éducative.

Les « champs » de l’image sont vastes et peuvent recouvrir des domaines, des aspects, des usages forts différents. Entre une photo d’amateur et une affiche publicitaire, par exemple, les outils d’analyse et l’étude des significations ne seront pas de même nature.

Il convient donc de bien repérer à quel type d’image on a affaire.

On pourra par exemple distinguer :

  • les techniques : peinture, photographie, cinéma, télévision, vidéo, image numérique… leurs spécificités expressives, leurs usages sociaux…
  • l’histoire : des techniques, des représentations, de leur évolution, les emprunts langagiers d’une technique à une autre,…
  • leurs fonctions ou leurs usages : divertissement, éducation, information, publicité, démonstration, archive, souvenir, formation, surveillance, idéologique (religieux, politique,..), l’image icône, l’image symbole…
  • leurs modes de production : individuel (photo, peinture..), collectif (cinéma, télévision..) interactif (internet..),…
  • leurs modes de diffusion : directe, temporellement différenciée, gratuite, payante…
  • leurs mode de réception : lieux spécifiques (cinéma, musées, panneaux publicitaires..), appareils spécifiques (écran vidéo…), taille de l’image (de la photo d’identité à l’écran géant), adressage (individuel , familial, collectif spécifique (ex: classe) ou indifférencié (internet…) , le degré d’interactivité (possibilité offerte au lecteur spectateur de répondre par le même canal..)
  • d’autres aspects : à spécifier selon les cas de figure rencontrés….

Au delà de ces distinctions, il pourra être fort intéressant de voir ce qui les réunit, les traverse, ou au contraire les oppose.

Une image n’est pas simplement une image. Une même image peut à la fois être document, icône, symbole, mythe, etc. Sa polysémie illimitée nous oblige, dans le cadre du processus éducatif, à toujours devoir faire repérer ses statuts en fonction des enjeux conceptuels et contextuels (médiatiques ou autre).

Quelle est cette image, quelle valeur a-t-elle ? Quel sens et quelle signification porte-t-elle ?

Entre trace ou document à valeur testimoniale (qui atteste d’un fait et peut parfois servir de preuve) à l’image signe, voire symbole qui porte des valeurs idéologiques ou autres au-delà d’elle-même, qu’est ce qui fait qu’une même image peut revêtir différents statuts ?

La photo de presse a en général une fonction de monstration (re-présenter le réel ; faire voir ; informer). Mais, insérée dans un livre d’histoire, cette dernière, autrefois informative, riche de l’épaisseur du temps devient document, et vient constituer un corpus destiné à entrer dans la mémoire collective.

Devenue poster, cette même image peut devenir une représentation chargée de pathos ayant un statut de symbole (archétype ou stéréotype, c’est selon).

Se transformant en tag ou graffiti cette même image peut revêtir un statut de discours social, ou encore un message politique ou idéologique.

Enfin « accrochée » à un message publicitaire, cette même image change encore de statut pour se mettre au service d’une marque ou d’une intentionnalité commerciale, et se réduire enfin à une forme d’argumentation-argumentaire de référence soumis à une volonté qui la dépasse et la réduit en même temps.

Pour l’analyse des images, il est donc nécessaire de repérer les enjeux contextuels.

Selon le support médiatique, le statut et la fonction de l’image peuvent varier.

La question de l’intentionnalité doit être posée. (Qui nous a transmis les photos de la soldate aux allures d’enfant, tenant en laisse un prisonnier irakien nu et allongé au sol ? Dans quelle intention ? Et pourquoi les avoir diffusé ? Quels enjeux dans l’acte de montrer ? )

  • Enjeu médiatique : le scoop à tout prix.
  • Enjeu économique : l’image a une valeur marchande ; selon l’exclusivité qu’elle revêt, selon l’originalité qui la caractérise, elle aura un prix et une « aura » médiatique convertis en valeur marchande.
  • Enjeu idéologique : quelle idée sert cette image ?
  • Enjeu politique : quelles retombées en attendent ses énonciateurs-diffuseurs ?
  • Enjeu culturel : que peut montrer une image dans tel ou tel contexte culturel ou civilisationnel ? Y a-t-il des images interdites ?
  • Enjeu éthique : une image peut-elle tout montrer dans le cadre de la sphère vidéo-médiatique ?
  • Enjeu esthétique : les images construisent et reflètent les courants, modes, normes etc. Par exemple la texture de l’image influe à présent sur son statut médiatique (il faut qu’elle ait parfois l’apparence d’une image volée qui sera attestée par son côté « trash», bancal, pris sur le vif, gros grain et flou de nervosité, singeant parfois un côté amateur même lorsque son auteur est un professionnel de l’image.)
  • Enjeu sémiologique : l’horizon d’attente. L’image médiatique doit souvent, pour des contraintes sociologiques ou économiques, conforter son spectateur dans ses convictions ou ses représentations sous peine d’être rejetée ou tomber dans l’indifférence totale.

Le statut des images dépasse donc de loin la simple classification de ces dernières. La typologie est utile à leur description, mais elle ne suffit pas dans leur analyse.

Une image de divertissement peut revêtir un statut éducatif ou pédagogique. Une image d’information peut se transformer en publicité dans un contexte énonciatif particulier. L’image peut encore servir de démonstration alors qu’elle avait au départ un statut d’objet artistique. Le statut de la photo de famille, d’abord trace de la vie privée et mémoire restreinte peut devenir une archive ou encore un symbole d’une époque (cf : sur l’anniversaire de mai 68 et le traitement des images privées de cette époque).

L’image de vidéo surveillance, si peu artistique dans son essence, contamine de plus en plus l’image cinématographique, jusqu’à se poser comme une esthétique à part entière. L’image numérique des jeux vidéo et son montage influencent bon nombre de messages publicitaires ou œuvres artistiques (Gus Van Sant est le premier à revendiquer cette contamination, par exemple.) Etc.

Les « statuts » de l’image sont innombrables et peuvent recouvrir des formes variées et inattendues. Une nouvelle rhétorique se met d’ailleurs en place ; elle se plaît à réinterroger le statut même des images en les déplaçant d’un support à un autre, en les contaminant, etc.

Il va de soi qu’entre une photo d’amateur (photo sans nom) et un message publicitaire faisant référence à un tableau de Picasso, par exemple, les outils d’analyse et l’étude des significations changeront de forme et de nature.

Il convient donc de bien repérer à quel type d’image on a affaire et pointer de façon pertinente le contexte de production et de réception (horizon d’attente) de cette même image.

Vaste programme…

Les approches sont diverses et variées et peuvent être de type sémiotique, esthétique, rhétorique, historique, communicationnel…

D’autres approches sont bien sûr possibles, par exemple la sociologie de la réception. Mais ici on s’attachera spécifiquement aux procédés d’écriture.

L’analyse de l’image, enjeux et méthodes.

Nous parlerons d’analyses (au pluriel) de l’image et nous postulons que les outils propres à chaque analyse d’image sont fonction des objectifs que l’on se donne et des images que nous considérons.

Le deuxième préalable à l’analyse est de considérer l’image dans le dispositif construit par son contexte d’énonciation, comme le dit André Gunthert «Le sens d’une image est d’abord défini par la façon qu’on a de la regarder, qui dépend des intentions prêtées à son auteur ou son diffuseur, généralement déduites de son apparence et du canal emprunté. »

Selon le type d’image, on privilégiera :

1. La question du sens

Les objectifs de l’analyse sont de vérifier le sens de l’image –vérifier le fonctionnement du message visuel- ou bien d’expliciter le sens du message en tant que récepteur.

L’image est alors considérée comme langage, expression d’un message pour autrui. C’est une approche de type sémiologique.

La méthode consiste à déstructurer l’image, repérer les signes constitutifs de l’image,  pour restructurer le message visuel. Les procédés de permutation ou de suppression d’éléments peuvent être efficaces dans cette démarche de déconstruction-reconstruction du message visuel. Les conditions de production de l’image –contextes, connaissance de la cible…- enrichiront l’analyse.

Ainsi par le jeu de l’analyse, on pourra dégager le sens explicite et le sens implicite de l’image – par exemple dans une publicité.

L’approche sémiologique concerne les images publicitaires, mais aussi les photographies, de presse en particulier.

2. La question de l’émotion

L’image est ici considérée en tant que représentation du monde, ou encore dans sa dimension expressive, elle sert d’outil d’intercession entre l’homme et le monde, « outil de connaissance, elle sert à voir le monde et à l’interpréter » écrit Ernst Gombrich dans L’art et l’illusion, psychologie de la représentation picturale , Nathan, 1990. L’analyse est de l’ordre de la verbalisation de l’expérience esthétique, et consiste à aborder l’image dans sa fonction esthétique -au sens de l’aisthésis, c’est-à-dire de l’ordre de l’expérience des sens. La démarche consiste alors à interroger les formes iconiques, couleurs, composition…

Cette approche concerne les images de l’art, photographiques, graphiques, ou picturales…

3. La question des figures de construction et de style

Toute image a une dimension rhétorique en lien avec le support de communication, et avec les intentions de l’auteur. L’image photographique perdant son statut de vérité documentaire (statut premier), il est nécessaire de tenir compte du statut et des intentions de son auteur, et des figures de style qu’il a mises en oeuvre.

4. La question communicationnelle

On s’attachera à comprendre les enjeux communicationnels du message. Il s’agit de repérer ici les fonctions du message visuel  pour comprendre ces enjeux du point de vue de la réception ainsi que du point de vue de l’émission du message.

5. La question du référent (le contenu abordé pour lui-même)

Dans une utilisation historique, ou sociologique, ou socio-historique, on s’attachera à cerner l’image du point de vue des codes qui la composent et qui sont porteurs d’informations sur les lieux, les personnes, les objets, les époques…

L’usage de l’image ne constitue pas en soi une éducation à l’image.

Ces différentes approches seront adaptées à la nature même de l’image et des intentions prêtées à son auteur, mais elles ne sont pas exclusives et  parfois il sera nécessaire de les croiser pour affiner l’analyse.

Plutôt que de parler de « nouvelles images », il est plus juste de parler de nouvelles conditions de création, de production et de diffusion des images.

Ce qui détermine la situation actuelle c’est principalement la numérisation de l’image, la miniaturisation des outils et la baisse des coûts des matériels de production et de réception.

Au delà de ces aspects techniques l’étude des formes expressives et des significations de ces « nouvelles » image pourra chercher à comprendre :

  • ce qui les différencie des autres images (peinture, photo argentique, film, vidéo analogique…) ?
    • La numérisation : elle étend à l’infini les possibilités d’intervention sur le contenu de l’image. Elle facilite le transfert de fichiers, la copie, le stockage, et par contrecoup la diffusion, l’emprunt, le piratage…
    • La fragmentation : conséquence de la numérisation elle facilite l’anonymat, permet de nouveaux habillages, mais aussi des pertes de définition, des déformations, recolorisations, trucages etc.
    • Les usages sociaux : la démocratisation des outils de réception et d’expression, construit des nouveaux domaines de sociabilité et d’échange.
    • Les créations spécifiques : art numérique, art des nouveaux médias, œuvres créées pour internet.
  • ce qu’elles empruntent aux formes esthétiques et artistiques antérieures ?
    • Se pose la question de l’analogie. Bien que numériques, les « nouvelles » images se fondent principalement sur l’icônicité de la représentation.
    • L’image numérique ne peut fonctionner que dans la continuité d’une certaine culture visuelle
    • Les images numériques peuvent reproduire la diversité des techniques et des formes langagières qui les ont précédées : images fixes, images en mouvement, images sonorisées, images du réel, image fictives, taille des plans, montage, etc.

Entre deux

Les « nouvelles » images nous situent en permanence dans cet « entre-deux »?.

Nous sommes dans la continuité et la similarité avec les images des techniques antérieures (photo, cinéma, télévision) et en même temps ces formes antérieures sont reconstruites, contournées, détournées, escamotées…

D’un point de vue sémiologique, l’analyse de ces « nouvelles » images doit prendre en compte cet entre-deux.

En revanche, les usages sociologiques et communicationnels doivent faire l’objet d’un travail particulier.

Les « nouvelles » images ne posent pas pédagogiquement des questions nouvelles, mais des questions anciennes de façon nouvelle.