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  • LExpresso du 3 Septembre 2010
    Cafe date de l'article: vendredi 3 septembre 2010 […]
  • Supprimer la formation des enseignants pour détruire l'école ?
    Description: "Notre système éducatif va malheureusement au devant de terribles difficultés" affirme Pierre Frackowiak. Ancien inspecteur, spécialiste du système éducatif, il dénonce dans la suppression de la formation professionnelle des enseignants une tentative de rompre avec l'école républicaine. Il appelle à un projet éducatif cohérent, co […]

Le paysage

CultTerrLe paysage désigne l’aspect d’un espace que l’on embrasse du regard, d’une contrée que l’on traverse, parcourt ou survole.

Historiquement, le paysage est une invention de la bourgeoisie. Ce sont les riches marchands des Provinces-Unies puis ceux de l’Italie et de France qui, en investissant dans la création de grandes exploitations, ont développé une sensibilité à la beauté et à l’harmonie du paysage. Ce n’était pas le souci des véritables paysans qui, sarclant, taillant, plantant, moissonnant, cherchaient surtout à vivre (parfois à survivre). Le paysage construit résultait surtout de leur conquête opiniâtre du milieu naturel.

Ce sont les peintres flamands qui, les premiers ont traduit cette sensibilité dans leurs oeuvres. Ils créent le terme de landskap qui désigne l’instauration du pays (land) en objet de contemplation et de jouissance.

On retrouve la même racine avec le mot anglais landscape, le mot allemand landschaft et le mot russe landsaft.

En France, le mot paysage apparaît, d’après de nombreux auteurs, en 1549. Il concerne une scène observée et sa représentation par la peinture. En effet, jusque-là, les tableaux ne représentaient que des portraits ou des compositions inspirés de thèmes religieux ou historiques. Il dériverait, comme ses équivalents italien paesaggio et espagnol paisaje, des mots pais (du latin pagus qui signifie campagne) et de age (du collectif, latin ictacum).

Parallèlement à ce mouvement, l’art des jardins se développe, et c’est au XVIIIème siècle que des créateurs tels J.M. MOREL ou R.L. de GIRARDIN eurent l’idée généreuse d’appliquer leur science paysagiste au territoire tout entier.

Le mouvement d’intérêt va encore s’accélérer avec la contemplation des grands sites naturels organisés par les premières sociétés touristiques.

Les impressionnistes vont encore amplifier le phénomène. Le charme de la campagne va gagner toutes les couches sociales.

Les premiers congés payés vont offrir alors à des milliers de touristes ce qui n’était au départ qu’une invention de pur esthète. Inventé, découvert, redécouvert, le paysage devra alors être protégé, entretenu, étudié, restauré.

Le paysage est donc une notion complexe qui recouvre une « réalité » multiple ; il intéresse aussi bien le peintre que l’historien, l’archéologue, le géographe, le sociologue, l’agronome, le plasticien, l’écologue, l’artiste…
Chacun y voit son paysage avec sa sensibilité, sa formation, sa culture, cherche à y découvrir composantes et lignes de force ; d’où l’obligation d’additionner plusieurs types d’approches pour mieux appréhender dans sa totalité le paysage.
Le paysage désigne à la fois les choses de l’environnement et la représentation de ces choses. Ainsi les sociétés aménagent leur environnement en fonction de la représentation qu’elles en font, et elles l’interprètent en fonction de l’aménagement qu’elles en font. Le paysage est donc réalité et apparence de réalité.
Le paysage n’est pas un objet. C’est une médiation entre le mode des choses et celui de la subjectivité humaine, c’est-à-dire des déterminations culturelles, sociales et historiques de la perception humaine (…)
L’environnement, matière à science positive, s’analyse en terme de relations entre des objets. Le paysage, c’est le mode sensible de notre rapport à l’environnement, donc au monde.
Le paysage est une médiation génératrice de lien social, parce qu’elle donne à percevoir le sens du monde où nous vivons (…) et que la société ne saurait se maintenir dans un monde privé de sens.

Augustin Berque.


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