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CultureS & territoireS


abcCulture. C’est Cicéron qui utilise ce terme pour désigner le travail de l’âme sur elle-même : idée de soi à soi. En première approche, la culture est ce qui s’oppose à la nature, qui donne forme à l’esprit.
Le mot cultura, d’origine romaine, signifie : cultiver, prendre soin, préserver, entretenir la nature en vue de l’habitation humaine. En tant que tel, le concept de la culture indique une attitude de tendre souci, en contraste avec tous les efforts pour soumettre la nature à la domination de l’homme. Il y donc bien un lien original et originel entre culture au sens d’aménagement de la terre, et culture au sens de soins donnés à l’héritage des œuvres, aux monuments du passé.
D’un point de vue anthropologique, la culture définit les manières d’être des êtres humains, les modes de construire leur monde et de se constituer eux-mêmes : la culture est toujours un système d’interprétation de l’environnement naturel. Toutes les cultures ont leur propre système d’interprétation, dont le niveau d’élaboration peut être extrêmement complexe. De ce point de vue, les cultures ont une valeur égale, et peuvent se regarder les unes les autres comme étranges, étrangères.
C’est dans la culture que se trouve le principe de production et de reproduction des institutions. Dans cette perspective, est cultivé celui qui est capable de mettre en questionnement sa culture, d’interpeller son rapport au monde.

La culture doit donc être considérée comme un héritage formé de valeurs et de références variées et contradictoires, endogènes et exogènes, et aussi comme un domaine ouvert aux confrontations des forces sociales qui cherchent à imposer leur définition légitime de l’ordre social.

La culture est un corps complexe de normes, symboles, mythes et images qui pénètrent l’individu dans son intimité, structurent les instincts, orientent les émotions.
Morin, L’Esprit du temps, 1962



Enjeux

 

Questions éducatives : comment définir la culture, comment ne pas être réducteur, comment définir la culture en ouvrant sur des problématiques contemporaines ?

Il ne suffit pas d’affirmer que les cultures sont plurielles, il faut préciser quels enjeux s’y expriment : technologiques, politiques, humains, écologiques…

La culture est en quelle que sorte la mesure du développement social de l’homme et du développement humain de la société.

La culture est par essence un processus, elle se construit et elle construit l’homme : avec les jeunes, il est primordial  de mettre l’accent sur ses fonctions :

  • de socialisation de l’individu,
  • d’expression de l’individu
  • et de construction identitaire.

Toute définition de la culture doit ouvrir une réflexion sur l’individu, son autonomie et sa liberté, mais aussi situer clairement le champ de l’Éducation Socioculturelle, et de ses spécificités.

Deux pôles de définitions du mot culture peuvent servir d’axe de réflexion :

  • d’une part la culture au sens ethnologique et au sens sociologique,
  • d’autre part la culture au sens esthétique.

Au sens ethnologique, la culture est constituée de l’ensemble des productions matérielles et intellectuelles qui permettent à l’homme de s’adapter à son environnement (savoir-faire, outils, idées, découvertes, valeurs, symboles…). La culture au sens sociologique est une approche fonctionnelle, elle se constitue des manières de penser, de sentir, d’agir, et de s’exprimer de l’homme.

Au sens esthétique, la culture comme expression de la sensibilité – de l’esthésie plus précisément- est constituée de l’ensemble des productions artistiques, littéraires, …domaine souvent rattaché à la « culture cultivée », à la « culture savante ».

La culture au sens sociologique « parle » aux jeunes, elle est peut-être rassurante –tout le monde est cultivé- mais elle est trop globalisante et pousse les plus paresseux à s’engouffrer dans le « tout est culture». Il y a dans cette définition une ouverture qui permet de parler de l’humain, mais il y a le risque de la généralisation.

La culture esthétique permet d’entrer dans le champ de l’art, dans l’éducation artistique. Avec certains jeunes, cette dimension de la culture peut être un repoussoir –parce que perçue comme élitiste ou étrangère- ; pour d’autres, elle peut paraître valorisante : bref, le risque discriminatoire existe. Mais en travaillant sur leurs univers artistiques propres, –la musique en particulier- il est possible de conduire les jeunes vers une prise de conscience de leur sensibilité –au sens esthétique- et de leur besoin d’expression. Pour éviter l’écueil de la dimension savante, aristocratique ou bourgeoise de la culture esthétique, celle-ci peut être abordée dans sa construction, sans académisme, sans effet «beauzarteux» ou «cultureux», non pas réduite à la fonction patrimoniale, mais surtout centrée sur l’art et ses fonctions propres, à savoir l’expression de l’homme, dans sa dimension noble : la culture esthétique « aristocratisante » dont parle Edgar Morin.



CultureS

 

abcCulture primitive

Notion apparue au XIX è siècle, pour désigner ceux que l’on appelait auparavant les sauvages. Elle correspond à l’idée évolutionniste, selon laquelle certains peuples représentent le stade premier de la civilisation (indiens…)


Acculturation

Changements induits dans une culture dominée par le contact avec une autre, plus large ou dominante. Notion du début du XXème siècle très controversée, qui pose notamment la question de la culture « pure » ?! On parle donc plutôt, selon le contexte, de « changement culturel », « hybridation », « métissage » ou « contact des cultures » qui soulignent le caractère créatif des processus. [TLFI•]

Sous-culture

Concept du début XXème siècle qui s’applique aussi bien à des communautés locales (quartiers), des minorités immigrées, des groupes ethniques, des catégories sociales (pauvres), ou d’âge (les jeunes), ou plus spécifiques (les musiciens).

La contre-culture s’applique quant à elle aux mouvements de jeunes des années 60, en révolte contre la culture majoritaire. Ces notions sont tombées en désuétude du fait de leur caractère perçu comme péjoratif. La culture est désormais évoquée quelle que soit la nature du groupe social concerné.


Culture dominante – culture dominée

Notion très utilisée dans les années 60/70 notamment dans l’approche critique des rapports Nord/Sud.

« Parler de culture « dominante » ou de culture « dominée » c’est en fait recourir à des métaphores. Dans la réalité, ce qui existe, ce sont des groupes sociaux inscrits dans des rapports de domination et de subordination les uns par rapports aux autres.

Mais une culture dominée n’est pas forcément une culture totalement dépendante. Ainsi les dominations culturelles ne sont pas similaires à la domination sociale. Cela est dû au fait que les rapports entre symbole (culture) et les rapports entre les groupes/les individus (social) ne fonctionnent pas avec les mêmes logiques.
Denys Cuche, La notion de la culture dans les sciences sociales, La découverte 1996

Enfin, le fait de se vivre dans une situation de dominé pour un individu et/ou un groupe social participe activement à la construction ou la reconstruction d’une culture dominée.

Culture de classe

Conception basée, entre autre, sur Marx, qui établit un lien entre les rapports de production et les choix culturels.


Cultures populaires

Notion très inscrite dans les fondements de la socioculture de l’éducation populaire.

  • réduite par certains à des dérives, des sous produits non accomplis de la culture dominante, la seule légitime ;
  • à l’inverse considérée par d’autres comme égale, voire supérieure à la culture des élites, car authentique et non influencée par celle-ci…

En fait,

Les cultures populaires sont par définition des cultures de groupes subalternes. Elles se construisent dans une situation de domination […] Les dominés réagissent à l’imposition culturelle par la dérision, la provocation…. Pour autant, les cultures populaires ne sont pas mobilisées en permanence dans une attitude de défense militante. Pour Michel de Certeau c’est la culture « ordinaire » des gens ordinaires, c’est-à-dire une culture qui se fabrique au quotidien, dans des activités à la fois banales et chaque jour renouvelées. Il définit la culture populaire comme étant une « consommation-production culturelle ». Le consommateur ne saurait être identifié ou qualifié d’après les produits qu’il assimile… Il y a l’écart d’usage qu’il en fait. La recherche sur les cultures populaires se situe dans cet écart.

Denys Cuche, La notion de la culture dans les sciences sociales, La découverte 1996

Culture d’entreprise

Concept né à la fin des années 70, pour caractériser la variabilité des styles de direction et de travail au sein de l’entreprise industrielle. Mais c’est devenu aussi un mode de gestion des relations humaines dans les entreprises : instauration de styles vestimentaires, comportements…


Culture de masse

Apparue vers 1960, cette expression signifiait la montée en puissance des médias (presse et TV) et des industries culturelles (cinéma) dans le champ de la culture. C’est le secteur culturel de la consommation de masse. L’expression est un peu tombée en désuétude, car les effets des médias ne sont pas aussi mécanistes qu’ils peuvent paraître.
Voir <industries culturelles>

Culture académique et socioculture

La culture (académique ?) est dispensée par des artistes reconnus dans des institutions consacrées, et il est de bon ton de vouloir la démocratiser ; la «socioculture» des associations d’éducation populaire permet à la convivialité associative de s’enrichir de pratiques amateurs et d’artistes devenus «pompiers» du social.
Jean-François Chosson, Revue POUR

Voir aussi

  • Le mot CULTURE dans le glossaire de D.Wolton.
  • Jean-Luc Godard : Je vous salue Sarajevo, lettre vidéo diffusée lors de la soirée thématique de Arte sur la Bosnie :

     » Car il y a la règle et il y a l’exception. Il y a la culture qui est la règle, et il y a l’exception, qui est de l’art. Tous disent la règle, ordinateur, T-shirts, télévision, personne ne dit l’exception, cela ne se dit pas. Cela s’écrit, Flaubert, Dostoïevski, cela se compose, Gershwin, Mozart, cela se peint, Cézanne, Vermeer, cela s’enregistre, Antonioni, Vigo. Ou cela se vit, et c’est alors l’art de vivre, Srebrenica, Mostar, Sarajevo. Il est de la règle de vouloir la mort de l’exception, il sera donc de la règle de l’Europe de la culture d’organiser la mort de l’art de vivre qui fleurit encore à nos pieds. Quand il faudra fermer le livre, ce sera sans regretter rien. J’ai vu tant de gens si mal vivre, et tant de gens mourir si bien. »


Diversité

abcSi les prémices de la notion d’exception culturelle remontent aux lendemains de la seconde guerre mondiale (avec en particulier la question de l’importation des films américains), son utilisation au plan international s’est développée à la fin des années 80, à l’occasion des négociations dites de l’Uruguay Round au sein du GATT sur le commerce et les tarifs douaniers pour faire échapper l’audiovisuel et le cinéma à l’application des règles de celles-ci.
En préalable à ces négociations, François Mitterrand et Jacques Delors, alors président de la Com européenne, avaient fait reconnaître au sein de l’Europe l’idée que les œuvres de l’esprit, et en particulier le cinéma et l’audiovisuel, portent une identité culturelle, et ne peuvent à ce titre être réductibles au statut de marchandises ou de service.
Depuis, cette question est constamment revenue sur le tapis des négociations internationales (AMI, OMC, OCDE…), notamment de la part des gigantesques groupes multinationaux et multimédias qui ont cherché à en atténuer la portée.
Sous la pression de ceux-ci, et en particulier de Jean-Marie Messier (Vivendi-Universal), l’expression a été jugée trop restrictive et connotée franco-française sur la scène internationale. Au sein de l’Europe est alors apparue, en remplacement, la notion de diversité culturelle, reprise depuis par l’UNESCO.

Pluralisme culturel

Cette notion de diversité culturelle constitue ainsi un concept en trompe l’œil avant même d’avoir attesté un quelconque effet vertueux. Au sens où elle a été dégagée par l’UNESCO, sur le modèle de la biodiversité, elle se contente de rendre compte d’une donnée de la nature, la diversité étant la condition même du vivant, sans exprimer le moindre volontarisme ou dynamique en défense contre l’hégémonie unipolaire dont elle constituerait l’antidote.
Sur le terrain sémantique, le concept de pluralisme culturel est, vraisemblablement, plus adapté, pour exprimer des choix collectifs de construction volontaire, dans le cadre d’une modalité d’organisation spécifique…/… et prendre en compte ces opinions publiques, organisations professionnelles et mouvements citoyens sans lesquels les enjeux de l’exception culturelle n’auraient probablement pu être sauvegardés.
Regourd Serge, L’exception culturelle, 2002

Multiculturalisme

L’origine du terme remonte aux années 70, quand P. E. Trudeau tente de conjurer le risque de cession de la Province de Québec en reconnaissant sur le plan politique la diversité culturelle contre l’assimilation. En France, les positions différencialistes se limitent à vouloir garantir la diversité des identités culturelles dans le cadre des droits universels. Mais les sociétés se posent de plus en plus la question de savoir sous quelle forme intégrer à leurs principes une prise en compte de la pluralité des cultures. A. Renault (2000) préconise un « multiculturalisme tempéré », par l’affirmation des droits de l’individu, afin d’éviter la dérive communautariste et la remise en cause du pacte républicain de l’État-nation.

Mondialisation culturelle

Utilisée pour la première fois, par un économiste américain, T. Levitt, 1983, pour désigner la convergence des marchés, la notion de mondialisation (globalisation en anglais), est parfois confondue avec américanisation, homogénéisation ou virtualisation.
La réalité correspond davantage à des phénomènes d’hybridations culturelles.

Par mondialisation culturelle, on entend l’aspect culturel de l’universalisation : recompositions identitaires ou et / ou naissance d’une société civile mondiale. La mondialisation est ancienne et n’est uniforme ni dans le temps ni dans l’espace, puisqu’on assiste aussi bien à une érosion des diversités à l’échelle de la planète, qu’à une différenciation accrue au sein d’un même territoire.


Interculturalitéabc

Ethnocentrisme

Attitude qui consiste à ériger les valeurs de la société à laquelle on appartient en valeurs universelles et donc applicables à l’ensemble de l’humanité. Comme l’affirmait l’historien grec Hérodote, et ainsi que le confirme l’ethnologue Lévi-Strauss, l’ethnocentrisme est la plus répandue et la plus spontanée des attitudes. Elle n’en n’est pas pour autant légitime : la découverte d’autrui est nécessaire à l’équilibre et à l’enrichissement de chaque communauté humaine.
Philippe FOREST, 50 mots de la culture générale contemporaine – Marabout 1991

Autrement dit, l’ethnocentrisme qualifie une croyance selon laquelle les valeurs, les normes et les comportements ritualisés qui ont cours dans sa propre société sont les seuls légitimes, valables ou acceptables.
Cette croyance se manifeste dans un certain nombre d’attitudes :

  • les jugements négatifs portés sur une autre culture ou les comportements de ses membres, en référence à son propre cadre de référence culturel, et qui s’expriment dans des opinions généralisantes : les stéréotypes (« ils sont comme ci ou comme ça » ou « cette façon de faire est …aberrante, anormale, bizarre, inconvenante, impolie… »).
  • le rejet des autres et de leur culture comme inférieurs, dépassés, …
  • la négation de la différence et de la diversité culturelle, et l’incapacité à opposer différence et inégalité.
  • la croyance naïve en la supériorité de sa propre culture…

L’enjeu de l’interculturalité, c’est donc de combattre les conséquences possibles de l’ethnocentrisme par la rencontre des cultures et la réflexion :

Nous devons lier l’éthique de la compréhension entre personnes avec l’éthique de l’ère planétaire qui demande de mondialiser la compréhension. La seule vraie mondialisation qui serait au service du genre humain est celle de la compréhension, de la solidarité intellectuelle et morale de l’humanité.Les cultures doivent apprendre les unes des autres, et l’orgueilleuse culture occidentale, qui s’est posée en culture enseignante, doit devenir aussi une culture apprenante. Comprendre, c’est aussi, sans cesse, apprendre et réapprendre.
Edgar Morin, Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur / UNESCO

Le champ d’acceptation du concept est très vaste, car il concerne les rapports entre cultures et civilisations différentes. On parle d’interculturel à l’école quand on cherche à intégrer les enfants de migrants. L’enfant à la naissance, surgit entre deux cultures, celle de la famille du père, celle de la famille de la mère. Il y a un interculturel franco-allemand, mais il y a aussi, un interculturel des métiers, un interculturel homme / femme etc.
L’interculturalité est l’une des nouvelles s de l’éducation. Or, il ne faut pas confondre différences et diversité. Le culturalisme focalise sur les différences culturelles comme principe explicatif des comportements, des conduites, voire des aptitudes, ainsi que la croyance en normes, valeurs systématiquement partagées par un groupe. L’approche interculturelle exige, au contraire, de s’intéresser à la psychologie, l’histoire, l’économie, de manière à relativiser les déterminismes.
La communication interculturelle est sous-tendue par des valeurs : «éthique de la diversité» et «humanisme du divers». Le développement des communications, l’accélération des échanges nécessite un dialogue basé sur la tolérance. Apprendre à découvrir l’autre, c’est en fait partager un même patrimoine.
Par ailleurs du fait de la mondialisation des échanges et des fusions qu’elle entraîne, les entreprises sont confrontées en leur sein d’acteurs appartenant à des «cultures d’entreprises» différentes. Pour gérer cette diversité culturelle, et assurer la cohésion du groupe, le management fait appel à des consultants qui utilisent les « histoires de vie » afin de sensibiliser à l’écoute contextualisée de l’autre et à sa construction du monde.


Frontières

 

abcLa notion de frontière est duelle : à la fois ressource : richesse à exploiter, développement économique, nouveaux réseaux sociaux à conforter, jeux d’alliances politiques, mais aussi contrainte : sentiment de danger, crainte identitaire, perte d’indépendance…
La frontière peut aussi se concevoir en terme de concurrences (perspectives de confrontation frontalière et d’absence d’osmose) et de complémentarités (travailler en partenariat, développer la coopération, planifier un développement commun).

Questions de frontières
La frontière est limite : de l’exercice de la souveraineté nationale, d’une société reconnue, de sa langue, de ses institutions sociales, politiques et administratives, religieuses… une telle limite est patrimoniale, héritière de l’histoire pluriséculaire d’un groupe, chargée de symboles, d’affectivités, de représentations, d’imaginaire.
La frontière est discontinuité parfois brutale entre deux territoires construits, « la ligne de crête » qui rassemble les différences et induit de ce fait divers effets sur l’organisation des espaces proches : dédoublement, polarisation, attraction, axialisation…
Ainsi l’étude de la frontière contient deux approches :

  • Approche territoriale, politique, historique et identitaire,
  • Approche systémique, et spatiale.

La frontière est une limite séparant deux zones, deux états. Elle représente une rupture souvent franche, entre deux modèles d’organisation de l’espace, entre des réseaux de communication, entre des sociétés souvent différentes, et parfois antagonistes. La frontière a donc une implication géographique.
Dictionnaire de géographie ( Hatier, 1997)

Or, l’Union Européenne, par exemple, est de plus en plus animée de multiples flux, de modes, de tendances, de projets politiques qui se diffusent à travers les frontières étatiques. Ces « passe-murailles » donnent sens aux notions de mondialisation, de « régionalisation », d’intégration supra-nationale. Les frontières perdent alors de leur étanchéité, de leur linéarité aussi. Les mélanges, les entre-deux, les espaces transfrontaliers deviennent des réalités.

Selon les époques et les régions du monde, les frontières exercent des fonctions différenciées, parfois même opposées. Ici, fermée et étanche défensive et militarisée, là plus filtrante et sélective face aux flux, ailleurs elle est plus largement ouverte aux échanges et politiques de coopération ; frontières qui se ferment ou qui s’ouvrent, qui (re)naissent ou qui s’effacent.Les territoires d’affrontement de pouvoirs, de projets, de cultures ne se situent pas exclusivement aux limites des états. A l’intérieur de ces derniers, subsistent, réapparaissent éclosent parfois d’authentiques frontières qui sont l’objet de tensions de conflits, d’appropriations diverses. L’intérêt supérieur de la nation, la reconnaissance de l’espace public commun, l’identité nationale, sont alors mis à mal par l’émergence de communautés spécifiques ne se reconnaissant plus dans l’unité nationale, mais se forgeant de nouvelles identités dominantes sur des bases religieuses, claniques ou de proximité culturelle. Ainsi, le concept de frontière intimement associé à l’exercice du pouvoir et du contrôle des territoires, peut désormais être appliqué à différentes échelles dont celle des villes et des espaces infra-étatiques.

Discontinuité

Notion qui relève du vocabulaire et des outils de l’analyse spatiale. Comme l’interface, le pôle, la distance, l’attraction (…), la discontinuité constitue une structure élémentaire de l’organisation des systèmes spatiaux. Un littoral, un estuaire, un fleuve, un verrou glaciaire… sont autant de discontinuités dont il faut chercher à comprendre les effets sur l’organisation des espaces : effets sur les flux, sur la répartition des hommes, sur le développement, sur les réseaux de communication.

La morphologie, la dynamique, les fonctions des frontières sont bien la traduction de nos représentations de l’espace, de nos rapports aux autres objets de la réalité et de l’organisation des espaces : les frontières sont aussi les objets construits par nos valeurs culturelles et idéologiques.

Comme l’écrit Michel Foucher, elles renvoient à trois champs différents et complémentaires : le réel, l’imaginaire, et le symbolique. C’est dire combien les frontières constituent de bons miroirs des sociétés, et de leurs cultures, combien elles peuvent nous renseigner sur nous même, notre dynamisme, notre capacité d’ouverture ou au contraire de repli. Les frontières ont toujours été à l’image de leurs sociétés, des certitudes et des doutes qui les animent. On sait « qu’il n’existe pas de problème de frontières, il n’est que des problèmes de nations ». Miroir de l’intérieur, la frontière renvoie souvent des images déformées de l’extérieur, au point de donner une vue caricaturale de l’autre.

Dynamiques frontalières

La frontière est un organisme vivant instrumentalisé par les pouvoirs et les sociétés : en tant que création culturelle et politique, elle évolue selon celles-ci, reflétant leur dynamique interne, l’idéologie dominante, leur représentation des autres. L’évolution des frontières dévoile plusieurs phases qui peuvent se lire à travers le paysage :

  • La genèse : émergence de rapports de force, confrontation, implosion ;
  • Le déroulement : expansion, transformations morphologiques, intégration ;
  • La maturité : stabilisation des rapports de force, affirmation de nouveaux maillages ;
  • Le déclin ou le transfert : recomposition territoriale, transferts vers d’autres champs, crise identitaire ?

Frontières intra-urbaines

La frontière exprime donc ou révèle des conflits de pouvoirs et de contrôles territoriaux. Mais en tant que discontinuité, elle engendre des processus d’organisation ou désorganisation de l’espace, et en tant que limite, elle circonscrit deux espaces, souligne les différences.

Trois phases peuvent expliquer le processus menant aux frontières intérieures:

1. Phase de préparation :

  • les carences des pouvoirs publics et de l’état entraînent l’affirmation de nouveaux acteurs (leaders associations, partis ethniques..) et l’affaiblissement du sentiment identitaire national. De fait une recherche d’autres référents identitaires (ethnique, tribal, communautaire) fait son chemin, avec tentation de repli sur des territoires de proximité pour être de « quelque part ». Parallèlement une masse de jeunes se trouvent mal intégrés ; chômage élevé, échec scolaire… le ferment de la manipulation ;

2. Phase de structuration du processus d’exclusion, de substitution d’ordre spatial :

  • organisation de la ville en territoires communautaires et ethniques de plus en plus homogènes. Structuration des forces politiques autour d’un chef, d’une milice, de symboles de guerre…encadrement et manipulation ethnique, sectaire, religieux des jeunes : tribalisme ( ?) culture du rejet de l’autre ;

3. Phase de fragmentation urbaine profonde : existence de frontières.

  • Violences urbaines graves, guerres de quartiers pour défendre, exclure, interdire…Purification ethnique, migrations forcées au sein de la ville, appel aux migrants…Nouvelle géographie de la peur : pratique sélective et à risques de la ville, même après le périodes de « guerre ». Dérèglement grave de la vie démocratique locale. Quid de la représentativité ?

A une autre échelle, celle des régions, la question de la frontière se pose avec les mêmes paramètres, par exemple : territoire de Belfort…


Développement durable

 

L’origine de la notion est à la fois écologique et anglo-saxonne, puisqu’il s’agit d’une traduction approximative de « sustainable development » où sont incluses les notions, souvent antagonistes de « supportabilité » par l’environnement physique et d’acceptabilité sociale. Le terme de développement durable a été réellement popularisé par le rapport Brundtland en 1987 : « Développement soutenable qui, grâce à l’éducation, l’innovation, la solidarité, répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre à leurs propres besoins ». Héritière du concept de développement des années 50, et des mouvements écologistes de 60-70, cette notion émergente intègre la solidarité entre les générations futures par la préservation des ressources naturelles, de la biodiversité, l’action décisive des élus locaux et du mouvement associatif dans le cadre de la « terre patrie » (E. Morin, 1993).
Le développement fondé exclusivement sur la croissance économique et l’industrialisation est un concept dépassé (Sachs, 1996). Il s’agit d’articuler mieux l’efficacité économique, la pérennisation des équilibres naturels, et le développement social. Les dispositifs institutionnels et organisationnels qui intègrent la question de la formation des de-mandes sociales dans les modalités des conduites de projets s’enrichissent des réseaux d’échanges d’expériences et de l’idée de bonne gouvernance : démocratie participative.
En considérant l’environnement dans toute sa complexité bio-physique, sociale et humaine, l’enseignant peut contribuer à « une forme majeure de l’éducation civique », celle-ci faisant naître des comportements positifs à l’égard du milieu, indispensables pour « mieux maîtriser notre maîtrise du monde ».

Et la culture ? Quatrième ou cinquième pilier ? ou fondement du développement durable ?

Dans ce domaine, les réflexions sont essentiellement centrées sur le lien entre culture et citoyenneté, entre biodiversité et diversité culturelle, conditions du développement durable, ainsi que sur des initiatives culturelles en milieu rural, autour des patrimoines et des produits de terroir.

(article à approfondir)