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La com’ non verbale

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« Nous réagissons aux gestes comme d’après un code secret et complexe, écrit nulle part, connu de personne, compris par tous ». SAPIR

La phrase d’Edward  Sapir, souvent reprise quand il s’agit de communication non verbale, peut donner lieu à une première discussion :  un code (?) « connu de personne » mais pourtant  « compris par tous  » ?

En préalable, il faut aborder avec précaution toute une littérature qui définit la communication gestuelle comme un langage et qui prétend « dévoiler » le « sens » des gestes : les polémiques autour de la « synergologie » montrent que la communication non verbale est un chantier scientifique encore en construction, qu’un geste seul ne signifie rien, mais qu’un ensemble de gestes peut orienter vers des interprétations vraisemblables. ( interview de Philippe Turchet)

L’enjeu éducatif, dans ce domaine, est sans doute de mettre l’accent sur cette dimension essentielle qui mobilise les corps dans l’interaction : repérer, classer, mais aussi jouer avec la construction du sens dans l’interaction, avec les interprétations variables (polysémie), avec les univers culturels (E.T. Hall, La dimension cachée).


Nous pouvons ne pas parler, mais nous ne pouvons pas ne pas communiquer : la communication non verbale est le premier moyen d’expression de nos sentiments et de nos émotions. La communication verbale transmet des informations sur le contenu de la relation, la communication non verbale sur l’affectif de la relation.

Les modes d’expression de la communication non verbale sont divers:

  • les silences
  • le paralangage: englobe toutes les variables de la voix parlée: timbre, rythme, expressivité…
  • la mimogestualité: tous les gestes et postures
  • la panoplie du corps: habillement, maquillage, coiffure…

LE RÉSEAU DE RELATION

Chaque personne est au centre d’un réseau de relation, qui se caractérise par

1. une profondeur, variable selon la nature des liens qui l’unisse à l’interlocuteur:

  • dans une file d’attente, les autres sont des anonymes aléatoires : en France, la stratégie est de faire comme s’ils n’étaient pas là.
  • la vendeuse de la pâtisserie est une anonyme fonctionnelle : l’échange n’a lieu que dans le cadre de sa fonction.
  • le voisin de palier est un connu neutre : on n’aborde que certains sujets, pour rompre la glace (en France, les réflexions météorologiques ont cette fonction)
  • les amis font partie des connus camarades : grande variété de sujets, complicité des regards, postures corporelles libres…
  • le connu familier, c’est généralement un membre de la famille: parents, frères, sœurs…

La profondeur est repérable grace à des marqueurs de profondeur, variables avec la situation et la personne.

2. une largeur, variable avec la quantité d’interactions. Dans le monde des affaires, le pouvoir se mesure à la largeur du réseau de relation.

ESPACE ET TERRITOIRE

L’espace est une variable importante de l’interaction et se manifeste dans la délimitation de zones marquées par un ou plusieurs individus; elles peuvent être permanentes, fixes ou mobiles, et sont commandées par les lois de la proxémie.

a) Les territoires :

  • Le Chez-Moi ou habitat est organisé en territoires plus petits ayant chacun leur fonction (cuisine, chambre…).
  • Le A-Moi est constitué de territoires égocentriques, en relation avec ce qui a pour moi une valeur: l’arrangement de mon bureau sur mon lieu de travail, mon verre posé sur le comptoir du café…
  • La Place est un territoire temporaire, et partagé: la place que j’occupe au restaurant, dans une file d’attente…

b) Les distances :

Chaque personne vit dans une série de bulles concentriques, traduisant la distance physique et affective avec l’autre:

  • la distance intime (jusqu’à 50 cm dans notre culture): distance de l’amour, du corps-à-corps. Dans le cas où cette distance est violée (file d’attente, ascenseur bondé), les yeux se détournent, le corps s’immobilise: autant de barrières qui contrôlent une situation vécue comme dangereuse.
  • la distance personnelle (jusqu’à 1.20m): espace des relations amicales, c’est la distance des conversations courantes.
  • la distance sociale (jusqu’à 3.60m): le contact corporel n’est plus possible, c’est l’espace de la conversation obligée qui va vite cesser, ou celui des négociations impersonnelles des personnes qui travaillent ensemble.
  • la distance publique : c’est la distance entre un conférencier et son public.

Ce découpage est très variable avec la culture : ce que les méditerranéens considèrent comme distance personnelle est considérée comme distance intime par les nordiques.

Dans une même société, la distance varie de même suivant l’âge, le statut, le sexe des interactants.

c) Invasion et violation de l’espace et du territoire

Toute intrusion subie dans notre espace ou notre territoire provoque des réactions de gêne, ou de rejet:

  • la violation personnelle : c’est le cas quand une personne non autorisée viole ma distance intime (contact);
  • l’intrusion sensorielle : elle peut concerner la vue (tenue inadaptée de l’autre, désordre dans un lieu rangé…),
  • l’odorat (mauvaise haleine, transpiration, tabac…),
  • l’ouïe (le bruit des voisins au cinéma…);
  • l’intrusion temporelle : l’autre dispose de mon temps (le casse-pied);
  • la contamination par déchets : la pollution de l’activité d’autrui (mégots, crottes de chiens…);
  • l’invasion du territoire propre : je me faire piquer « ma » place;
  • la violation des réserves : l’indiscrétion à l’égard des objets ou secrets personnels.

d) Les mesures compensatoires

Un équilibre doit s’établir pour que la relation soit confortable; la modification d’une variable entraîne toujours une compensation pour rétablir l’équilibre:

  • je m’écarte quand le serveur approche,
  • je fais des excuses quand je bouscule par mégarde quelqu’un dans la foule,
  • je fais semblant de ne pas voir ce qui se passe dans la zone intime de l’autre (ce qui serait gênant pour lui) ,
  • l’autocontact ne peut se faire qu’en cachette (se gratter le nez, mettre ses doigts dans la bouche…)…

LA MIMOGESTUALITE

L’ensemble des gestes dits coverbaux , qui viennent au secours du discours, sont regroupés sous le nom de mimogestualité.

Les gestes interviennent simultanément ou successivement par rapport au verbal. Un certain nombre d’entre eux servent à mieux se faire comprendre, pour appuyer le discours (« vous prenez à droite »), ou pour se substituer au discours (= »je ne sais pas », = »je m’en fiche! »).

On distingue

a) les gestes quasi-linguistiques (on peut les remplacer par une phrase ou un mot: = »Viens! », = »Tu vas voir ce que tu vas prendre! »)

  • les gestes illustratifs, qui illustrent le contenu du discours :
    • les gestes kinémimétiques (le corps mime l’action décrite),
    • les gestes spacio-graphiques (qui représentent une disposition dans l’espace)
    • et les gestes pictomimiques (qui dessinent dans l’espace l’objet ou la personne dont on parle).
  • les gestes expressifs manifestent, volontairement ou non, le sentiment de ceux qui participent à l’échange: regard, mimiques faciales, expression de tout le corps (crispation, détente…).

b) les gestes phatiques servent à manifester le contact entre les locuteurs, ils déclenchent ou maintiennent le contact pendant l’interaction entre émetteur et récepteur.

c) les gestes extracommunicatifs servent à faciliter l’élaboration du discours:

  • les gestes autocentrés : ils sont centrés sur soi-même: se ronger les ongles, se gratter la tête; ils permettent (signalent) un retour sur soi dans un moment de réflexion personnelle.
  • les gestes ludiques : les manipulations d’objets, par exemple, permettent d’extérioriser une part de tension.
  • les gestes de confort : les changements de position.

Ces gestes extracommunicatifs sont parfois semblables entre les interlocuteurs, et s’organisent en un jeu de miroir inconscient, révélateur de la connivence entre interlocuteurs.

d) les postures, qui appartiennent à notre patrimoine génétique, canalisent des sensations internes éprouvées dans une situation où le déplacement n’est pas admis: la tête baissée (acceptation passive), la tête inclinée de côté (demande d’attention, d’accord), le buste incliné en avant (forte implication personnelle, de la curiosité à l’agressivité), le recul du buste (désengagement)…

Synthèse Document INRAP