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La question des valeurs

Autant commencer par les bonnes questions

Et si le PADC était l’occasion de mettre en cohérence les valeurs et les actions ? Et si la construction même du PADC était l’occasion de mettre en évidence ces valeurs dont on se réclame…

La République s’enseigne à l’école par la façon dont l’école fonctionne. Le reste, c’est du vent (Philippe Lecarme)

Il y a (au moins) trois bonnes raisons de poser la question des valeurs.

  1. La circulaire sur le projet d’établissement demande à la communauté éducative d’énoncer ses valeurs de référence : non pas seulement de belles valeurs vagues et générales qui ne mangent pas de pain (quoique certaines méritent pourtant de figurer comme socle de l’action commune), mais les valeurs que se donne cette communauté, dans ce contexte, dans ce territoire, avec ces élèves. Le choix de ces valeurs n’est pas anecdotique : c’est l’affirmation politique du sens de l’institution, de son utilité sociale et de ses orientations stratégiques.
  2. L’activité de l’enseignant ESC fait qu’il est un «travailleur sur autrui» (pour reprendre l’expression de François Dubet), ou, pour parler comme Lévinas, qu’il est « responsable même de la responsabilité d’autrui » (1982, Éthique et infini). L’orientation de ses choix doit nécessairement s’appuyer sur une éthique partagée et communicable.
  3. Le processus même d’élaboration du PADC doit être l’occasion de travailler ces valeurs en cohérence avec les valeurs portées par l’ESC. (Voir le référentiel de métier)

Peut-on en effet imaginer un PADC

  • qui n’aurait pas fait l’objet d’une construction partagée de l’équipe des Esc, alors que l’ESC travaille sur les « dynamiques sociales » et promeut le collectif (c’est ce qu’affirmait E.Pisani en 1995)
  • qui ne pourrait se justifier par aucun diagnostic partagé (alors que nous enseignons aux jeunes la méthodologie de projet)
  • qui n’aurait été concerté ni avec les personnels de la communauté éducative… ni l’équipe de direction…, qui n’impliquerait pas d’autres personnels que les Esc (comment valoriser les dynamiques sociales et travailler sans concertation ? serions-nous les seuls dépositaires de l’ambition éducative ?)
  • qui serait mis en œuvre sans impliquer les usagers (l’élaboration d’un PADC ne serait-elle pas une belle occasion de travailler la démocratie à l’école ?)
  • qui ne serait pas évalué (et surtout pas par les usagers que nous n’arrêtons pas d’évaluer nous-mêmes) donc sans critères ni indicateurs de réussite !

PADC = projet d’utilité sociale
On voit bien à travers ces questionnements un peu provocants une autre manière de poser les enjeux du PADC : la démarche PADC comme construction de valeurs.

Le PADC affiche les valeurs qui le justifient, et qui s’expriment sur trois niveaux :

  • le niveau des plans d’action qui déclinent la stratégie éducative, au nom de la responsabilité de l’école devant les jeunes qui en sont les usagers.
  • le niveau du processus d’élaboration (il constitue par lui-même une démarche éducative qui rejoint l’exigence de « démarche participative »? du PE)
  • le niveau de l’évaluation (c’est une évaluation partagée, qui implique acteurs et usagers) .

Bref, le PADC permet de valider les valeurs et l’utilité sociale du dispositif local d’Éducation socioculturelle en affirmant ses cohérences dans ses actions comme dans son processus.

Construire les valeurs

La référentialisation – c’est-à-dire l’écriture du référentiel de notre dispositif – est construction de valeurs : c’est l’occasion de refonder le projet de l’éducation socioculturelle des élèves dans l’ établissement.

D’une part elle amène à construire collectivement des plans d’action, qui, à travers les critères et indicateurs, définissent la manière dont la mission éducative sera exercée, au nom de la responsabilité de l’école devant les jeunes qui en sont les usagers. D’autre part, les processus d’élaboration eux-mêmes sont l’occasion d’éprouver les valeurs qu’on affiche, à travers les modalités mises en place[1], et tout particulièrement la « démarche participative » du projet d’établissement, ou les instruments qui permettront une « évaluation partagée ».

On voit qu’on est loin d’une simple démarche qui viserait à compiler des actions pour produire un effet d’affichage. L’écriture du PADC doit être conduite comme une action d’animation de l’établissement, mobiliser à différents moments différentes catégories d’acteurs ou de partenaires, combiner temps de débats et de réflexion, temps artistiques et culturels, temps austères de formalisation et temps festifs de partages culturels.


[1] « La république s’enseigne ou se désapprend à l’école par la façon dont l’école fonctionne. Le reste, c’est du vent. » dixit Philippe Lecarme, dans les Cahiers Pédagogiques, revue essentielle de  l’Education Nouvelle.